La légende des Pailhasses de Cournonterral

"Les Pailhasses"
Représentation des Pailhasses de la légende d'après les textes de Bastide de l'Oulieu.
Par RICESCO 2010

-C'était en 1346, après la bataille de Crécy (1), et la poudre à canon (2) ne devait pas être connue à Cournonterral puisque le château-fort ne renfermait pour la défense des murailles et des hauts du lieux, que des arbalètes, deux caisses pleines de vires (3) ou flèches, trente manillons de fer, des jacques (4), des costumes de maille, des épées et des javelots.
-Ces seules armes suffirent aux Cournonterralais pour soutenir une lutte des plus vive contre les habitants d'Aumelas et les Maseliers (5) voisins.
-Du temps immémorial, il était permis aux habitants de Cournonterral d'aller couper, dans les forêts communales et seigneuriales attenantes à celles d'Aumelas, le bois mort des yeuses (6) dénommé en languedocien : cimèla.
-Les habitants d'Aumelas moins favorisés par la nature de leur sol que ceux de Cournonterral, voulaient avoir seuls le "droit de lignerage", privilège qu'ils considéraient comme étant la source la plus sûre de leurs revenus.
-Une haine sourde régnait dans les coeurs.
-Le lendemain d'une journée de pluie, alors que les gens de Cournonterral allaient, suivant l'antique coutume, les uns montés sur des ânes, les autres sur des carrioles traînées par des boufs ou des chevaux, faire bonne charge de bois, les Aumelasiens et les Maseliers embusqués, les accueillirent à coup de fronde et de flèches.
-Cournonterralais et Cournonterralaises soutinrent de leur mieux une lutte inégale, plusieurs furent blessés et rentrèrent sanglants à Cournonterral.
-Le bruit de cette défaite se répandit vite dans la Commune, les Consuls, le Seigneur s'en émurent et ce dernier ordonna à son bayle, Palhas (7), de parer à une nouvelle éventualité. L'officier du seigneur réfléchit et s'inspirant sans doute de son nom, il proposa au "haut justicier Guillaume de Cournon" (8), un système d'épouvantail (9) humain qui fut adopté.
-Une "battue aux renards Aumelasiens" fut décidée entre les Consuls, le Seigneur et le peuple. Quatre-vingt-dix hommes et dix femmes formèrent une compagnie sous les ordres du chef Palhas. Ces "cent gardes" (10) furent ainsi équipés :
-Pour les hommes : bottes cloutées, jambières en peau de renard, légèrement farcies de balle d'avoine, cotte de mailles sur la chemise de toile rousse, et par-dessus, un large sac de grain, ouvert de façon à pouvoir passer la tête et les bras, sac farci de paille par devant, par derrière, et serré aux reins par une corde ou une courroie. La tête était couverte d'un bonnet de laine (11) multicolore qu'un jet d'osier tordu et cousu en spirale faisait tenir "haut et ferme". Le visage était masqué d'une peau de blaireau (12). Le tout agrémenté de plumes d'oie ou de dinde (13) et de rameaux de buis (14), symbole de résistance. Chacun portait en bandoulière son carquois garni de flèches et l'arbalète sur l'épaule.
-Pour les femmes : souliers bas cloutés, guêtres en toile grise, cotillon en peau de renard, justaucorps dit matelote, en toile bleue recouverte d'une cotte de maille, toque en fourrure de blaireau, surmontée d'une aigrette en plumes d'oie ou d'un rameau de buis, et retenue par une large jugulaire en velours ou en drap au menton. Comme armes, la fronde et la faucille aux reins, le javelot en main.
-L'une d'elles était munie de boites de secours pour les blessés.
-C'est sur dix chars attelés de mules que la petite armée se mit en route pour Aumelas par Lamouroux (15).
-Une femme, Erméniars (16), de tout temps à la tète du parti populaire de Cournonterral, secondait son chef : Palhas.
-Au bois de l'Olivette (17), l'avant garde de la compagnie aperçut les Aumelasiens en train de dévaster la forêt. Elle approcha, criant, hurlant comme des loups, fondant sur eux.
-Pris de frayeur à la vue d'une troupe si originalement vêtue, les "fagoteurs" s'enfuirent cherchant à s'embusquer derrière une roche ou une touffe d'yeuses.
-Les Cournonterralais descendirent de leur monture et tandis que les uns cernaient le bois, les autres y pénétrèrent et poursuivirent leurs ennemis.
-Se ravisant, faisant fronde de toute pierre et feu de tout bois, les Aumelasiens et les Maseliers se défendirent vaillamment. Mais harcelés, blessés, fatigués, leur honneur étant sauf, ils durent céder à la force et au droit.
-Prisonniers ils furent emmenés à Cournonterral devant les Consuls et le Seigneur. Admonestés, soignés de leurs blessures, ils passèrent la nuit dans les souterrains du Fort-Viel et furent rendus à la liberté après avoir juré sur les Saintes Évangiles de respecter à l'avenir gens et biens de Cournonterral.
-Parmi les cents gardes il y en eu qui reçurent des flèches dans les jambières, dans la cuirasse de paille, dans le bonnet rigide de laine ou dans la toque de blaireau. Ce dont ils se montrèrent fiers.
-Palhas reçut pour lui et ses guerriers les plus chaleureuses félicitations des Consuls et du Seigneur qui, voulant montrer aux populations voisines que toute atteinte portée aux droits seigneuriaux et communaux ainsi qu'aux libertés et usages locaux, serait vigoureusement réprimée par la solidarité cournonterralaise, décidèrent qu'en commémoration de ce haut fait d'armes une manifestation publique serait autorisée tous les ans le mercredi soir des cendres.
L'ordre du cortège était ainsi réglé :
1) Ouvrant la marche, le plus bel homme de la localité, costumé en pailhasse et tenant en main un long et fort bâton d'yeuse, insigne de son commandement ;
2) Les jeunes gens de 15 à 20 ans, accoutrés selon l'originalité de chacun, les uns tapant sur des casseroles de cuivre (les tambours), les autres soufflant dans des olifants (les clairons) ;
3) Le char des frondeuses, monté par dix femmes portant la faucille au coté gauche, et la fronde en main. Aux quatre coins du char étaient entassée les pierres rondes du Coulazou, munitions gardées par quatre pailhasses armés de javelots ;
4) Palhas à cheval, en costume de bailli, l'épée au clair ;
5) Les pailhasses, à pied, avec carquois munis de flèches et arbalète sur l'épaule ;
6) Le char des Consuls en chaperon aux armes de Cournonterral "D'azur à chef losangé d'argent et de sinople" ;
7) Le char du Seigneur Guillaume de Cournon ;
8) Le char des Prisonniers ;
9) Le char de la Victoire, conduit par ''Erméniars'' ;
10) Le char de la liberté, monté par le peuple.
Ainsi se déroulait dans les rues de Cournonterral cette superbe cavalcade qui, depuis près d'un siècle a dégénéré de plus en plus et a fini par céder la place aux saturnales d'avant-guerre.''
Bastide de l'Oulieu, mars 1900

"Les fagoteurs"
Assaut des Pailhasses sur les fagoteurs Aumelassiens d'après les textes de Bastide de l'Oulieu
Par RICESCO 2011

Bastide a souvent ré-ecrit sa légende et en 1898 il y avait donné une fin alternative qui avait été reprise en 1962 lors le la création du Groupe Carnavalesque de Cournonterral :

-Emmenés à Cournonterral devant les consuls et les seigneurs, admonestés et soignés de leurs blessures, ils passèrent la nuit dans les souterrains du fort-viel et furent rendus à la liberté après avoir "juré sur les Saintes Évangiles de respecter à l'avenir, gens et biens de Cournonterral".
-L'officier centurion Pailhas, la femme Armeniars qui dirigeait la gent féminine reçurent avec tous les guerriers, les plus chaleureuses félicitations.
-Il fut décidé qu'en commémoration de ce "haut fait d'armes" une manifestation publique serait autorisée tous les ans le mercredi des cendres.
-Le seigneur des hauts lieux, "Guillaume de Cournon" fit placer aux quatre coins du fort des barriques de vin afin que tout le monde du pays puisse festoyer et boire à volonté.
-Ce jour-là, ce fut une telle orgie, et les gardes tellement saouls, qu'ils éventrèrent les barriques et se roulèrent dans le vin répandu à terre, d'autres s'aspergeaient.
-Depuis ce temps, le nom de Pailhasses est voué à la postérité en souvenir de celui à qui l'on doit ce haut fait d'armes.

Ruines de Aumelas

Mais la fin chère à Bastide, celle du défilé triomphal, fùt reprise le 24 décembre 1903 dans un arrété communal :

C'est également par cet acte que l'on connait celui émit par le Maire Parguel quelques temps auparavant. Ce dernier acte a disparu des archives communales.

Glossaire

- 1) CRECY : Crécy-en-Ponthieu, 26 Aoùt 1346, défaite des armées du roi Philippe VI face aux archers Gallois. Les terres d'Aumelas (CARDONNET) appartiennent par hérédité à la couronne d'Angleterre.
Bastide change le déroulement de l'histoire en attribuant une victoire symbolique des français sur les anglais (Pailhasses sur Aumelassiens).

La bataille de Crécy par Jehan Froissart (XVe siècle)

- 2) LA POUDRE A CANON N'ETAIT PAS CONNUE : La présence de la poudre noire en Europe est attestée dès le XIIIe siècle. A Cournonterral, l'utilisation d'armes à feu est confirmée dans un acte datant du 22 juin 1330 (Enquête contre Pierre de Cornon et ses complices, qui ont assailli Pierre Raymond de Poussan - Cart. de Maguelone). Au moyen-âge, ces armes à feu étaient surtout employées comme armes incendiaires; celle de Pierre de Cournon se présente comme un "MUSQUETIS": canon portatif ou arme tranchante ou perforante (hallebarde, épée...) équipée d'un canon. A Cournonterral, en 1346, on connaissait déjà la POUDRE à CANON !

- 3) VIRES : Carreaux d'arbalète (retrascrit "vivres" en 1962).

- 4) MANILLONS, JACQUES : Références prises sur la lettre patente de CHARLES VI datée du 27 avril 1394 (88 EDT 186). "Vérifications que les murailles ont été réparées et fortifiées au frais des consuls" ; inventaire du bayle et des consuls des armements et défenses des murailles et des personnes (pour la prévention des attaques des compagnies de routiers anglais). Le document original à été retranscrit en français comme suit :
Pour la garde et défense de la muraille :
-30 ARBALETES.
-30 mourillons (ou mouvillons, ou mouvuillons et non manillon) de fer (mot mal retranscrit) : MANIVELLE ou MOUFLE pour arbalète.
-Deux caisses pleines de VIRES (voir plus haut) ou FLECHES.
-30 pièces d'HARNOIS (épées, hallebardes, gourdin, etc... harnois = ensemble de l'armement).
-JACQUES (veste matelassée ou multicouche porté seul protégeant le torse et les bras, avec jupe courte).
-PLATES de FER et COTTES de MAILLE de FER.
Pour chaque habitant ou chef de maison :
-EPEE.
-Plusieurs JAVELOTS ou DARDS (armes de jet).
Dans les maisons du lieu et pour les habitants du lieu :.
-Plusieurs autres PETITS HARNOIS (dague, couteau, bâton, lance pierres, etc...).

- 5) MASELIERS : Habitants des mas (maisons de campagne, ferme). MAZELIER: autre nom du boucher (Thalamus Parvis).

- 6) YEUSE, CIMELA : Chêne vert. Le 12 Avril 1339, devant le bayle Guillaume FIRMIN, les syndics s'opposent à une interdiction abusive sur la ramasse des bois et la chasse sur les terres de FERTALHERE. Ce passage peut aussi rapporter au conflit de "l'affaire des bois de Cournonterral" opposant les habitants à M. de PORTALES au XVIIIe siècle.

- 7) BAYLE PALHAS : Le bayle (prévôt) était le représentant de l'autorité du Roi ou du Prince, il était chargé de faire appliquer la justice et de contrôler l'administration. En 1346, le bayle en place à Cournonterral se nomme Guillaume FIRMIN, suivit de Pierre VIDAL en 1348. D'après BASTIDE, PALHAS aurait donné son nom aux Pailhasses(origine du nom de famille : celui qui possède un pailler ou un grenier). Si le bayle PAILHAS n'est recensé sur aucune archive du moyen-âge, il existe tout de même un monsieur PAILHAS (François, originaire de Compeyre près de Millau) recensé dans les archives départementales de l'Hérault et ayant vécu à Cournonterral (première moitié du XIXeme siècle). La famille Pailhas sera présente à Cournonterral jusqu'au début du XXe siècle.
Est-ce-que ce monsieur PAILHAS (père ou fils) est lié de près ou de loin à la tradition ??? Le manque d'information peut laisser envisager plusieurs hypothèses sur l'origine de appellation de Pailhasses : Le sac farcit de paille (la paillasse), le mannequin suspendu (Palhas ou Palhasse dans la région, Palhasso à Nice), le personnage de comédie (Pagliaccio), le bateleur ou batoniste ... Ou rien de tout cela ?

- 8) GUILLAUME de CORNON : Né vers 1305 et décédé entre 1346 et 1348. Fils de Othon de CORNON et de Fizas et père de MIRACLA (dernière à porter le nom de "de Cornon"). Co-seigneur de Cournonterral avec Raymond de MONTLAUR et Bertrand d'AGNAC. Seigneurs contre lesquels ce sont opposés les syndics de Cournon : Guillaume-Bernard de TROIS-LOUPS, Hugues CRISTINE et Raymond FIRMIN, durant de nombreuses décennies jusqu'à l'obtention de consuls octroyant plus de droits et libertés aux bourgeois de Cournonterral et limitant ceux des seigneurs.
Les premiers consuls nommés à Cournonterral le 8 Août 1344 sont: Bernard CRISTINE, Jean ETIENNE et Pierre DAVIN puis les suivants le 24 Juin 1345 : Etienne DAVIN, Pierre VERDIER, Pierre-Bernard de TROIS-LOUPS, etc...

- 9) EPOUVANTAIL : L'épouvantail, également appelé PAILHASSE, comme il est encore nommé dans d'autres lieux, est le roi de paille (ou roi de Carnaval) et est le symbole utilisé pour repousser les choses néfastes (comme l'épouvantail dans les champs, accoutré de haillons, fait fuir les oiseaux).

- 10) CENTS GARDES : Renommé "nouvelle centurie" en 1962.

- 11) BONNET DE LAINE : Les bonnets de laine multicolores, rehaussés d'osier et fichés de plumes (plumes de dinde en opposition aux plumes de coq à Pignan et à Frontignan jusqu'au début du XIXe siècle (1823)) sont encore utilisés dans différents carnavals ou traditions en Europe (pays de l'Est). Les PLUMES de DINDE (sept au nombre des tours de Cournon) sont le symbole des fortifications du village, de fierté mais aussi de saleté et de bêtise. Le bonnet de laine (comme les bonnets phrygiens (symbole de la liberté), chapeaux pointus, bicornes...) ont été remplacé par le gibus vers la fin du XIXe siècle.

- 12) BLAIREAU : La peau de blaireau était rare et précieuse, elle n'a été que très rarement utilisée pour le rabas du Päilhasse.
Le masque primitif en peau naturelle (chat, lapin, mouton...) des Pailhasses est utilisé depuis la nuit des temps. Vers le V/VIe et IX/Xe siècles lors de fêtes dites païennes (dont Carnavalaré) ; les jeunes gens masqués, de toile, de peau animale, de têtes d'animaux évidées, faisaient le tour des fermes et des maisons pour se faire offrir à manger, boire... Le Rabas doit son nom à la peau roulée à la base du collier des animaux de travail qui, lorsque l'animal est au repos, est déroulée afin que la bête ne se refroidisse pas trop rapidement.
Le Rabas est aussi l'autre nom du blaireau, du putois et d'un mouton à laine pendante et grossière.
Le Rabas est confectionné par le Pailhasse lui-même ou, quand cela est possible, hérité de son père. Devenu inutile, il est brûlé ou caché au fond d'une armoire. En aucun cas il n'est jeté ou prêté à un étranger.

- 13) DINDE : Animal découvert qu'un siècle et demi plus tard sur le continent américain !

- 14) BUIS : Invention de Bastide.

- 15) LAMOUROUX : Retranscrit "Tamaroux" (le Dahut) en 1962.

- 16) ERMENIARS : (Retranscrit "Arméniars" en 1962) Épouse de Pons CALVE de Villeneuve, soeur du syndic Guillaume-Bernard de TROIS-LOUPS (Guillelmum bernardi de TRIBVS LVPIS, sùrement celui qui a inspiré, du moins en partie, le personnage du bayle PAILHAS). Erméniars est connue pour avoir été très active à la fin du XIIIe/début XIVe siècle (voir page suivante), ayant un caractère bien "trempé" : "Signalée comme une personne qui semble prendre plaisir à résister à tous les ordres, comme à violer toutes les défenses" (compromis du 15 Janvier 1302). Avec son frère, elle a mené une action punitive contre les maseliers à qui PIERRE de CVRNON avait donné les droits de paissance sur les terres communales. Dans les archives de Cournonterral, seule une autre Ermeniars (Erméniardis GALVANCHII) apparaît sur une liste de votants en 1344. Aucun acte particulier ne lu est attribué.

- 17) OLIVETTES : Lieu-dit se trouvant au dessus de concrétions rocheuses surplombant le Coulazou au nord de cournonterral. Olivette était aussi le nom donné aux jeunes filles accompagnant la sortie de l'Arlequin comme les jeunes femmes du village accompagnaient les Pailhasses avant l'apparition des Blancs (fin XIXe siècle).

Cournonterral : les Olivettes

- AUMELAS - : Commune d'Aumelas sur wikipédia.

Ruines de Aumelas

- COURNONTERRAL - : Cournonterral sur le site officiel de la Mairie.

Cournonterral : les Remparts

Cournonterral : le Touât

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