L'histoire légendaire...ou la légende historique

S'il existe plusieurs écritures au nom de: Palhas, Palhassas, Paillas, Paillasse, etc...je ne retiens que celle de "Pailhasse" pour plus de clarté dans les pages suivantes.
La faute est volontaire et différencie le terme du paillasse de comédie, de laboratoire, etc...
De même, si certains considèrent que "Pailhasse" n'est pas une écriture correcte (et ce à juste titre), cela donne une certaine identité au terme.
Le nom de famille PAILHAS (Aveyron) se prononce pajas et non pas péjas (par contre, "Pailhasse" en phonétique devrait se prononcer: péjas.).
L'écriture correcte en français: Paillas ou Paillasse et en occitan littéraire Palhas ou Palhassas (la terminaison "as" pour "plus que, plus gros"; exemple: un rat, un ratas....
De même, n'étant pas un spécialiste en occitan, en roman ou en latin, les textes et noms sont retranscrits tels qu'ils ont été édités à l'origine.

"Le Catamiaou"
Par RICESCO 2010

Préambule

Pourquoi un nouveau site sur les Pailhasses? Je ne suis ni ethnologue, ni historien, je ne fait aucune étude sur le sujet, je n'ai aucun produit dérivé à vendre, je suis juste un simple Cournonterralais faisant Pailhasse depuis 1979.
Le site Pailhasses.com est né du fait que je voulais illustrer le texte de "La véritable origine..." et, devant les anomalies et les incohérences de l'histoire, j'ai décidé d'approfondir le sujet.
Bien que je participe depuis plus de 30 ans, je connaissais peu de choses sur le véritable passé des Pailhasses.
Les "ont-dit", les "j'ai ma vérité", les "c'est comme ça", les journalistes et autres ethnologues ou théoriciens qui reviennent chaque année nous distiller leurs commentaires inutiles et autres inepties et qui, au passage, n'hésitent pas à piller le site. Moi, même si je ne suis pas le mieux placé pour en parler (certains estiment que tout le monde peut parler des Pailhasses, sauf les Pailhasses eux-mêmes...!), sûrement pas le plus diplômé, le plus qualifié ou le plus objectif, je ne m'appuie que sur les seules et rares archives, illustrations et écrits existants.
Ce n'est pas pour-autant qu'il est bon de tout révéler, une bonne part de mystère contribue plus à la "légende" que n'importe-quel texte. C'est pour cela que la suite de cette page ne comporte que quelques bribes historiques.
Il y a la vérité historique, l'interprétation que l'on en fait et ce à quoi l'on voudrait croire.

Excepté quelques dépôts de plainte, délibérés communaux, récits partiellements légendaires, peu de documents écrits font état des Pailhasses.
Le texte de "La véritable origine des Pailhasses" n'est qu'une réécriture, par un félibre local (1962/93) d'un des nombreux textes de Pompilius BASTIDE de CLAUSEL "félibre de l'OULIEU" (légende écrite entre 1895 et 1898).
Texte inspiré, d'après Bastide, d'archives communales. Archives hypothétiques que, jusqu'à aujourd'hui, Bastide est le seul et unique, à avoir vu! En fait de nombreuses références lui ont servi pour écrire ce texte: Consulat de A. GERMAIN, affaire des bois de Cournonterral, Carnaval niçois, traditions carnavalesques, etc...
Seules les dernières lignes diffèrent du texte original.

A l'époque ou Bastide a voulu faire publier son texte (dans le journal "Le petit méridional"), l'article a été refusé par la secrétaire du-dit journal. Celle-ci y voyant un plaidoyer à la réélection de Bastide à la tête de la mairie. L'histoire présentait trop de similitudes avec les événements du moment ou du proche passé de l'époque. Paul REDONNEL, un autre érudit de Cournonterral écrivait dans le journal "la Plume" de Février 1899 (à propos d'un autre essais sur l'origine des Pailhasses de Bastide):
"L'imagination de poète de mon ami Bastide de Clausel a créé une légende jolie et digne d'être vraie. Il est possible que dans quelques années la fable récente pénètre la légende ancienne. Nos neveux en démêleront ce qu'ils pourront."

Ce texte a également servit de prétexte à la création du groupe carnavalesque (15 Décembre 1962):
"Il est fondé à Cournonterral le club des festivités, réjouissances et maintient de nos saines traditions datant de l'an de grâce 1346, sous le vocable de groupe carnavalesque: les Pailhasses"
Registre des déclarations des associations 4247G (groupe dissout puis reformé en 1975).
Groupe remplaçant définitivement les "Carnavalatchaïres" (voir plus bas).

Evolution du logo de l'organisation carnavalesque.
A noter que pour 2014 le logo se présente sous 2 formes:
Comme le veux la tradition, avec un chat dans la main; logo officieux!
Comme le veulent les estrangers, sans le chat: logo officiel!
En effet un groupe de pression en a décidé ainsi, des imbéciles persuadés qu'à Cournon chaque année les Pailhasses exterminent les chats par milliers!
Mais qu'ils sachent que la prochaine fois le Pailhasse sera représenté avec un doigt d'honneur pointant dans leur direction!
Que chacun adopte le logo qui leur ressemble le plus; à son grand regret, Cournon Carnaval n'a pas eu le choix!

Cournonterral a connu, depuis que les archives relèvent les faits, une histoire agitée retranscrite, en partie, dans le "Consulat de Cournonterral" de ALEXANDRE GERMAIN et également relatée dans le livre "Entre Coulazou et Mosson, dix villages, dix visages" de L. Sécondy, X. Azéma, P. et A. Carles.

Ruines de Aumelas

Proportionnellement au XIVeme siècle, au nombre d'habitants, Aumelas était aussi petit, si ce n'est moins, comparé à Cournonterral qu'aujourd'hui, et entretenait de bons termes avec les habitants du village, étant sur le chemin de la transhumance.
Aumelas était un château desservit par des maseliers et non une place forte comme l'était Cournonterral. Dans toute l'histoire, aucun conflit significatif n'a été relevé entre Cournonterral et Aumelas.
Les gros conflits relevés au fil de l'histoire sont au dépends des habitants de Cournonsec, de Pignan et envers les différents seigneurs de Cournonterral.

La tradition des Pailhasses, fête hautement symbolique, peut tirer son origine profonde dans diverses sources païennes du moyen-âge, elles mêmes issues de fêtes romaines (Bacchanales, Saturnales et Lupercales).
De nombreux ethnologues, historiens ou philosophes se sont penchés sur le coté social du sujet, trop rarement sur le coté historique.

Les seules certitudes que l'on peut avoir sur les Pailhasses, c'est qu'ils ne sont pas nés spontanément au 14eme siècle mais que leur origine peut être bien plus profonde et plus ancienne que cela.
Qu'elle n'est pas liée a un seul événement historique particulier mais a tous les faits et événements qui ont jalonnés l'histoire de la commune et de ses habitants au travers des siècles.
Origine ne signifie pas "origine historique" mais nomme les "événements originels" qui ont pu influencer les festivités carnavalesques jusqu'à évoluer aux Pailhasses d'aujourd'hui.

Exemple d'événement originel:

Le compromis du 15 Janvier 1302 en résumé

Procès verbal énumérant les actes entre les seigneurs de Cournon et les syndics du village.
"Il suffisait que l'autorité voulût quelque chose, pour qu'on fit diamétralement le contraire."
Les seigneurs voulaient l'exclusivité sur la vente de leur production vinicole, en temps et en quantité, et avaient également donné un droit de paissance sur les terres communales aux "animaux du dehors", c'est à dire les animaux des maseliers et des habitants des villages voisins, afin d'affaiblir le pouvoir grandissant des bourgeois Cournonterralais.
Les syndics de Cournonterral, du parti anti-seigneurial, menèrent une action punitive contre les voisins qui menaient leur troupeaux sur les terres communales et continuèrent à vendre le produit de leur récolte malgré l'interdiction seigneuriale, "de par le droit et l'ancienne coutume!".
A bout d'expédients pour commander l'obéissance, les seigneurs les accusaient de conspirer.
A la tête de ces syndics l'ont retrouve Guillaume-Bernard de Trois-Loups qui menait la troupe, sa sour Erméniars et Hugues Cristine.

L'on retrouve dans ce compromis du 15 Janvier 1302 tous les éléments pouvant être à l'origine d'une célébration festive comme celle des Pailhasses:
-Les seigneurs totalitaires et les voisins belliqueux
-Le vin
-la résistance contre l'oppression
-les héros: Guillaume-Bernard de Trois-Loups, Erméniars et Hugues Cristine
-L'action punitive
-etc...
Le jugement final, dont on a perdu la trace du parchemin original (parchemin coté 25), a été rendu par le notaire Jean de Savigny sous le mûrier séculaire à Cournonterral (L'explication eut lieu en langue romane).

Référence: A. Germain le Consulat à Cournonterral.

Pour ma part il ne fait aucun doute que le compromis du 15 Janvier 1302 ait servi de base à l'écriture du texte de Bastide.

D'autres "événements originels" ont pu marquer les mémoires pour une célébration comme l'affaire du trézain du 30 Novembre 1238, l'affaire du four communal du 22 Août 1299, l'affaire du vingtième, l'affaire des bois de Fertalhère du 12 Avril 1339, l'affaire du consulat, ou encore plus récemment l'affaire des bois de Cournon.

Erméniars, Hugues et Guillaume-Bernard?

"Les trois gargouilles de la tour"
Par RICESCO 2012

Autre exemple d'événement originel:

L'affaire des bois de Cournonterral (1778-1793)

Extrait des textes de Louis SECONDY parus dans le journal communal "entre vignes et garrigues" résumé de l'article publié par J.P. Donnadieu et L. Secondy sous le titre "Privilèges et Révolution, Monsieur de Pourtalès contre la communauté de Cournonterral (1778-1793)

Le dernier jour du carnaval, un caporal du régiment de Vermandois et trois soldats qui avaient quitté le village avec leur unité y revinrent pour semer la désunion. Ils annoncèrent même de nouveaux attentats. La nuit suivante, en effet, le corps de garde des chasseurs est assailli à coups de pierres. Mais, ô surprise, le coupable arrêté n'est autre que ce caporal, revêtu d'une veste de M. de Portalès qui lui avait servi de déguisement. C'est la femme même du seigneur qui vint la récupérer au corps de garde en échange de l'habit d'ordonnance du chasseur. Ce délit fut excusé par l'ivresse vraie ou présumée des quatre hommes du régiment de Vermandois. Ce fut d'ailleurs des soldats de cette unité qui relevèrent ceux du Médoc et des Ardennes. Il semble que leur conduite ait été fort correcte. L'auteur leur décerne remerciements et éloges. Il n'en adresse pas moins à M. l'intendant Ballinvilliers, à l'évêque de Montpellier et à un avocat de la même ville, M. Gautier, chargé par l'intendant de diriger les démarches d'accommodement de la communauté qui échouèrent.
Les hostilités en sont renforcées. En février 1787, M. de Portalès fait diffuser par voie d'affiches un terrible arrêt du Parlement de Toulouse qui le place sous la sauvegarde de sa Majesté, lui et tous ses agents et serviteurs, "avec défense d'y attenter, pouvant aller jusqu'à la peine de mort civile si le cas y échoit" et à 10 000 livres d'amende. Les habitants ne peuvent plus ni s'attrouper, ni se déguiser, sous peine des galères, ni entrer dans les bois sans permission (500 livres), ni vendre du bois sans carte ou lettre de voiture signée du vendeur ; on désarmera les habitants et personne n'est plus autorisé à leur vendre des armes. Les consuls endossent la responsabilité au point qu'ils risquent d'écoper jusqu'à 3 000 livres d'amende au cas où cet arrêt serait violé.

Si à aucun moment ce texte ne fait de référence aux Pailhasses, il en fait une au dernier jour de Carnaval ainsi qu'à l'interdiction aux attroupements et aux déguisements.
Si un événement a pu être suffisamment marquant pour influencer les festivités de l'époque, c'est bien celui-là!

Une ancienne légende

Une légende précédait "La véritable origine des Pailhasses" et était d'usage jusqu'au début du XXeme siècle (rapport au conflit entre le bayle et les bourgeois de Cournonterral sur les terres de fertalhières (1339) ou affaire des bois de cournonterral (1786)).

En des temps anciens, le seigneur de Cournonterral avait interdit que l'on coupe du bois dans les forêts communales et que l'on même paître les troupeaux dans les garrigues.
Ces terres, disait t'il, lui appartenaient.
Tout contrevenant subissait un châtiment sévère et exemplaire.
Le peuple, au comble de l'exaspération se révolta.
Malgré la résistance d'une milice forte, il prit d'assaut le château où résidait son suzerain et l'obligea à revenir sur sa décision, jugée arbitraire et contraire à la pratique coutumière.
Pour fêter cette victoire des petites gens sur l'autorité féodale, on institua la tradition des Pailhasses.

D'autres récits font référence à une révolte de la population contre l'imposition contraignante à laquelle elle était soumise (dont plusieurs essais de Bastide).

Ecrits de Bastide de l'Oulieu.

Le jour des cendres, une coutume locale, souvenir du moyen-âge, commandait au peuple de se rendre travesti sur la plus grande place publique du village pour s'y réjouir.
Les chars enguirlandés, des arquebusiers, des frondeurs, précédés ou suivis de batonnistes ou pailhasses, symbolisaient la défense locale contre toutes atteintes à la charte consulaire et aux libertés communales.


Ouvrant la marche, le plus bel homme de la localité costumé en pailhasse.
Les jeunes gens de 15 à 20 ans accoutrés selon l'originalité de chacun...
Le char des frondeurs,
Pailhas à cheval,
Les Pailhasses à pied,
Le char des consuls,
Le char de Guillaume de Cournon,
Le char des prisonniers,
Le char de la victoire,
Le char de la liberté.
...Superbe cavalcade, qui depuis près de 2 siècles a dégénéré de plus en plus pour faire place aux amusements actuels chaque année plus décadents.
(descriptif de Bastide de l'Oulieu)

Pompilius Bastide de Clausel dit Bastide de "l'Oulieu" (1845 Cournonterral-1932 Cournonterral) maire de Cournonterral de 1885 à 1888 et de 1904 à 1908.
D'aprés photo par RICESCO 2012

Paul REDONNEL

Descriptif de Paul REDONNEL citant son grand-père relatant le déroulement de la fête à la fin du 18eme siècle (provincialisme la Plume Février 1899). Extrait:

On dépouillais littéralement ceux qui étaient désignés spécialement pour jouer ce rôle ou plutôt qui acceptaient cet emploi; on ne leur laissé que leurs caleçons et leurs chaussures.
On trouait préalablement le cul d'un sac et on pratiquait deux fentes sur les cotés. Les futurs bacchus passaient la tête dans le trou et enfilaient les deux bras dans chacune des fentes. On bourrait de paille l'espace qui restait entre la peau nue du torse et la toile du sac, devant et derrière, et surtout sur les épaules dans les pointes. Finalement, une ceinture maintenait le tout. On barbouillait de lie de vin les panses circonférentes des patients, on les hissait sur un âne, et la promenade à travers les rues commençait.
Les Bacchus se rencontraient, se saluaient, buvaient toutes sortes de vins et mangeaient toutes sortes de friandises que nul ne pouvait leurs refuser. Les plus belles filles et les plus accortes femmes, légères et court vêtues d'une tunique de lin, les entouraient, les fêtaient, les agaçaient; celle-ci lui tendait un verre, celle-là lui tenait le coude; une autre lui essuyait les lèvres.
Des danses s'organisaient que je n'affirmerais point décentes selon la morale bourgeoise; mais personne ne s'en scandalisait parce que celui à qui ce spectacle ne plaisait pas devait rester chez lui.
Bientôt les Bacchus ne se contentèrent point du rôle un peu passif qu'ils jouaient, et descendirent de leur âne pour se mêler aux danses et embrasser les filles. Et non seulement ils baisèrent et lutinèrent celles qui étaient du jeu, mais encore celles qui venaient en spectatrices: d'où fuite de celle-ci et poursuite des Bacchus. Elles se réfugiaient où elles pouvaient, qui, dans l'embrasure des portes, qui, dans les coins les plus sombres; beaucoup regagnaient leur demeure; atteintes par les Bacchus, les épeurées donnaient facilement raison à leur ennemi. Et je ne dis pas que souvent, par suite de l'élan, homme et femme ne roulaient point sur le sol.
Ces embrassades devaient subir une évolution. La jalousie des amants se réveilla. Le jeu, tout en restant le même, prit, selon nous, une forme hypocrite: les bacchus mirent un masque. Et ce masque taillé dans une peau de chat, trouée à la place des yeux, tombait sur la panse de devant.
Alors, l'aspect devint repoussant. l'homme n'avait rien d'humain: l'animalité d'une forme déjà bizarre fut complète, le masque ayant nécessité l'usage d'un couvre-chef qui fut bicorne, conique et souvent phallique; au surplus on piqua des plumes dans les pointes dressées des sacs, et le dieu ainsi accoutrés, comme l'est aujourd'hui le Bacchus qu'on appelle modernement le paillasse, est plus terrifiant que tel cannibale disposé à vous mettre devant le brasier.
La couleur de pure antiquité a disparu de ce fait, et par surcroît le jeu est devenu vilain; car la fange et la boue on remplacé la lie de vin rouge ou blanc; la lie fleurait la violette et symbolisait si magnifiquement la Vie.
Maintenant, quand le pouvoir central, par la personne du préfet du département, oppose son véto à la célébration des Pailhasses, tout le village, hommes et femmes, jeunes et vieux, grands et petits, se déguise, et seuls messieurs les gendarmes ne sont pas à la noce. Les pagans veulent être maîtres de prendre leur plaisir comme il leur plaît. Et du moment qu'ils ne gênent personne et ne porte préjudice à aucun, j'estime que les pagans ont raison.

Paul Redonnel (1860 Cournonterral-1935 Paris)
D'après photo par RICESCO 2012

Quelques archives

Excepté quelques dépôts de plaintes, quelques délibérés communaux et quelques écrits (à interpréter) de félibres, très peu de textes concernant les Pailhasses nous sont parvenus.
Durant des siècles, les écrits étaient, principalement, tenus par les religieux et les notables; gens, pour qui une tradition païenne telle que celle des Pailhasses était plutôt gênante, d'un point de vue cultuel et/ou économique. Pour une question religieuse et/ou par manque de contrôle sur l'événement, le meilleur moyen pour éradiquer ces festivités est l'oubli. La tradition, comme beaucoup d'autres, se transmet de génération en génération de manière orale, l'on fait dire ce que l'on veut aux mots. Les gens d'église ont légiférés pour que, à défaut de pouvoir l'interdire, la fête soit déplacée au jour des Cendres pour assimiler cette "mascarade" à un jour religieux (comme l'ont été beaucoup de célébrations païennes: Noël, saint Valentin, saint Jean, etc...).
D'autant plus que les Pailhasses ne se sont pas toujours appelés comme cela ou du moins, n'étaient pas cités par ce nom. On retrouve les appellations de: Satyres, Bacchus, Païens, Pagans (de paganisme) ou encore Empalhats (les empaillés)...
Soit les Pailhasses ne portaient pas ce nom (s'ils en portaient un), soit il ne valait mieux pas les citer. Appellations qui, pour beaucoup d'entre-elles, rappellent tout de même une origine païenne, c'est à dire antérieure à la religion chrétienne.
Pour exemple: dans "les lettres à son neveu le chevalier de saint Castor" l'abbé FAVRE (XVIIIeme siècle) s'attaque violemment à la tradition en comparant les Pailhasses à des Satyres et les femmes participantes à des Ménades en fureur:
"Et qu'ont jamais représenté de plus odieux, peut-être même de plus infâme, ces fêtes épouvantables, ces mystères affreux que le crime et la superstition célébraient autrefois pendant les saturnales et les orgies?". Et de s'en prendre à ces femmes déchaînées qui évoquent pour lui "ces ménades en fureur qui, le thyrse à la main et les cheveux épars, appelaient les satyres en hurlant sur les monts et dans les antres de la Thrace".
(Louis Sécondy, Journal communal "entre vigne et garrigues" d'après J.B Favre, Lettres à son neveu le Chevalier de Saint-Castor (1772-1783), introduction et notes de Marcel Barral, Entente Bibliophile, 1960. op. Cit. p. 59.)
L'abbé Favre parlait-il des Pailhasses? Dans ce cas ce texte serait le plus ancien connu narrant les festivités. En tous cas, il cite bien Carnaval et son descriptif fait fortement penser à des personnages évoquant les Pailhasses et au comportement des femmes qui était le comportement pendant les fêtes carnavalesque jusqu'au XIXeme siècle à Cournonterral.

Jean-Baptiste Castor Fabre (Favre) (1727-1783) abbé de Cournon de 1773 à 1780.

L'on retrouve des traces de fêtes similaires, ou encore des éléments de des fêtes (Sacques farcies de paille, bonnets de laine rehaussés d'osier et fichus de plumes, masques de poil, roulade dans la lie-de-vin ou des déjections, etc...) dans tout le territoire occupé par l'empire romain dont beaucoup ont subitement disparues au 6eme puis au 16eme siècle par interdiction papale.
Après le 16eme siècle, certaines de ces traditions ont quand-même survécu mais ont subit un grand changement dans leur déroulement. Seuls, les Pailhasses semblent avoir échappé à cette "mutation" obligée pour être parvenus jusqu'à nous, aujourd'hui, sous une forme très semblable à ce qu'elle devait être avant le 16eme siècle.
Nombreuses traditions ont continué à évoluer de manières plus "sage" et il a fallu d'un village de "Gaulois", comme ceux de Cournonterral, pour que la tradition persiste et se perpétue de cette manière unique.

Les premiers écrits où les Pailhasses sont nommés par leur nom propre, datent du milieu du XIXeme siècle. Alors, sachant qu'ils ne sont pas né spontanément, et que si ils sont cités cela démontre qu'ils ont une existence antérieure, comment étaient les Pailhasses et comment se déroulaient les festivités antérieure à cette date?
Comme Bastide le décrit, étaient-ils des personnages de Carnaval parmi d'autres, à l'image des Fécos de Limoux? Ce qui est sûr, c'est la nature rude et brutale de la manifestation, (voir l'arrêté de Ferrières plus bas).

Arrêté du maire PARGUEL: Arrêté du 24 Décembre 1903 interdisant les manifestations licencieuses et pose les limites temporelles et territoriales de la fête, (ré)introduction de la lie-de-vin et interdiction d'emploi d'instruments propres à bien asperger les participants (seringues, sceaux).
C'est à la suite de cet arrêté qu'a été écrit, par les contestataires, le chant figurant sur la page d'introduction.

09 Février 1905 Après avoir contester l'arrêté de Parguel, le nouveau maire Bastide le ratifie.

Proclamation du maire de Cournonterral à ses concitoyens à l'occasion du Mercredi des cendres
Le jour des cendres, une coutume locale, souvenir du moyen âge, commandait au peuple « de se rendre travesti sur la plus grande place publique du village pour s'y réjouir.
Les chars enguirlandés des arquebusiers et des frondeurs, précédés ou suivis par des groupes à pied de bâtonnistes ou paillasses, symbolisaient la défense locale contre toute atteinte à la charte consulaire et aux libertés communales.
Depuis un demi-siècle ce droit coutumier a singulièrement perdu de son autorité.
Le symbole qui en était la parure est tombé plus que dans la boue.
On dirait qu'un esprit de barbarie outrage notre cité.
Jadis les Paillasses étaient pénétrés de sentiments de fierté locale, de responsabilité morale et libertaires et la foule qui les suivaient et les acclamait, se plaisait à admirer leur séduisante désinvolture, sous un accoutrement quasi-majestueux.
De nos jours les Paillasses aux couleurs et odeurs variées, inspirent à beaucoup de gens de la répugnance et une certaine terreur, tout étranger de passage ce jour là dans notre localité est ému, sinon indigné à la vue de ce spectacle écourant.
S'il est vrai qu'en France le ridicule tue, laissons lui le soin de perpétrer son ouvre.
Cela dit, « Le jour des cendres prochain », les habitants pourront s'esbaudir selon l'ancienne coutume ou la nouvelle s'ils le préfèrent, et je compte sur le bon sens des manifestants et des curieux pour qu'aucune atteinte ne soit portée à la liberté des citoyens, au respect de la famille et de la propreté, que je place à bon droit sous la sauvegarde des agents de l'autorité municipale.
L'arrêté du 24 Décembre 1903 et approuvé le 30 de la même année est toujours en vigueur.
Le Maire
Bastide


Source: Archives - Mairie de Cournonterral

Dépôt de plainte: La liberté du citoyen, le respect de la famille ont été violés. Des hommes, des femmes même se rendant à la campagne ont été l'objet d'attaques et d'insultes de la part de certains Pailhasses. L'un d'entre eux à oublié le respect que méritent toutes femmes âgées.
Des citoyens honorables, dont un surtout, a rendu des services à son pays, ont été chansonné publiquement dans des termes que la morale réprouve. je passe sous silence d'autres faits.

Avant 1914, plusieurs groupes s'occupent de l'organisation de la fête: les CARNAVALATCHAIRES. Les organisateurs étaient, également, les participants et non pas un groupe "extérieur" comme l'est aujourd'hui le groupe carnavalesque. Les Carnavalatchaïres préparaient Carnaval, le(s) mannequin(s) de paille, la ou les chansons, les danses, etc...
Etant eux-mêmes les futurs Blancs et Pailhasses ils étaient plus concernés par les événements. Les sièges de ces groupes se trouvaient dans le cafés du village, et marquaient les différences cultuelles ou politiques de chacun.
La moyenne d'âge des participants était de 16 à 18 ans pour les Blancs et de 21 à 35 ans pour les Pailhasses; un "bon" Pailhasse a plus de 30 ans.
Plusieurs carnavals pouvaient être organisés à l'initiative de groupes opposés politiquement ou cultuellement. Chacun son char pour le Sac (Fougasset), son propre mannequin brûlé devant son propre café...
La taillole rouge, portée par les Blancs date de cette époque là, taillole portée uniquement par les jeunes de plus de 17 ans.
Les participants étaient tous originaires de Cournonterral ou, alors, installé au village depuis, au moins, trois générations.
Les Pailhasses n'ont jamais été une épreuve d'intégration pour les nouveaux arrivants comme peuvent le laisser penser certains. Les nouveaux arrivants intégrés peuvent participer, en Blancs.

La guerre de 1914/18 marque un arrêt des festivités, l'on dénombre pour le village pas moins de 60 morts ou portés disparus.

Après ces 4 années de guerre, les conscrits unis (au nombre d'une vingtaine) monopolisent l'organisation de la fête jusqu'en 1962 ce qui met un terme aux dissensions d'avant-guerre

1939/45 Second coup d'arrêt des festivités.

15 Décembre 1962: Création du groupe carnavalesque chargé de l'organisation et de l'encadrement de la fête.
Jusqu'à la création du groupe carnavalesque, depuis que les faits le relèvent, les Pailhasses s'occupaient eux-mêmes de l'organisation.
Pourquoi s'en remettre à un groupe organisé "extérieur" pour gérer les choses, le Pailhasse n'est plus un grand garçon comme avant 1962, il faut le tenir par la main aujourd'hui?
Pourquoi ne pas revenir à une époque où c'était le Pailhasse, et lui seul, qui décidait de ce qu'il avait à faire?

Quelques sources

-Archives - Mairie de Cournonterral.
-Jacques DURAND "Quand passent les Pailhasses" connaissances du pays d'Oc n°20 Juillet/Aoùt 1976.
-A. GERMAIN "Le consulat de Cournonterral" 1855.
-Répertoire des parchemins et archives communales de Cournonterral 1969.
-Paul REDONNEL "Carnaval, us et coutumes" la Plume Février 1899.
-Claude MOUNOUD "La fête des Pailhasses à Cournonterral" thèse du 3eme cycle 1971.
-Pierre VIAL "Les pailhasses à Cournonterral" mémoire pour l'obtention de la maitrise d'ethnologie 1978.
-L. SECONDY, X. AZEMA, P. et A. CARLES "Entre Coulazou et Mosson, 10 villages, 10 visages".
-Charles CAMBEROQUES "Les Paillasses".
-Archives départementales de l'Hérault.
-Abbé Jean-Baptiste FAVRE "les lettres à son neveu le chevalier de saint Castor"
-L. SECONDY et le GRAC "Entre vignes et garrigues" journal communal.
-Et encore beaucoup d'autres dépliants, illustrations, photos, journaux et papiers volants que je n'ai pas fini d'étudier...

Arrêté du Maire Ferrière du 6 Février 1863

Arrêté du 06 Février 1863

Nous Maire de la commune de Cournonterral
Chevalier de la légion d'honneur

Vu les lois du 16-24 Août 1790
Vu les lois du 18 Juillet 1837

Voulant prévenir tout accident et tout désordre pendant les
divertissement de carnaval.

arrêtons

1° Toutes personne masquée, déguisée ou travestie ne pourra porter
ni armes, ni bâtons.

2° Aucun individu ne devra prendre des déguisements qui seraient de
nature à troubler l'ordre public ou à blesser en aucune manière la
décence ou les mours, ni porter aucun insigne ou costume appartenant
au ministre des cultes reconnus par l'état.

3° Il est défendu à toutes personnes masquées, déguisées ou travesties et tous
autres individus d'insulter qui que ce soit de s'introduire dans les boutiques et
les maisons sous peine d'être poursuivies conformément aux lois.

4° Personne ne pourra paraître sous le masque après six heure du soir.

5° Il est expressément défendu à tout individu de paraître pendant le
carnaval et principalement le Mercredi des Cendres dans les rues de
Cournonterral et sur les places publiques habillé en PAILLASSE; les
contrevenants à cette défense seront arrêtés et conduits devant qui
de droit, sans préjudice des poursuites à exercer devant les tribunaux
tant contre eux que contre les pères et mères et autres civilement
responsables devant la loi.

Cournonterral le six Février 1863
Le Maire
Ferrière

Source: Archives - Mairie de Cournonterral

Les archives ne disent pas ce qu'il s'est passé à la suite de cet arrêté qui n'est ni le premier, ni le dernier de l'histoire...

Conclusion

Quoiqu'il en soit, les premières traces écrites et indiscutables datent de la moitié du XIXeme siècle.
Tout le reste n'est que déductions hypothétiques. Pour l'origine des Pailhasses certains y voient un retour des morts, une chanson frondeuse mise en pratique, un tableau représentant des indiens d'Amérique ayant servi de modèle aux Pailhasses, et encore d'autres explications plus ou moins sérieuses quand à l'origine de la fête.
Pourquoi chercher une origine, ou plutôt de supposer d'une origine dont aucun écrit ne fait état?
La légende de Bastide est un joli texte mais n'est qu'une légende...réductrice!
Ne vaudrait-il pas mieux, aujourd'hui, s'atteler à la charte et aux valeurs des Pailhasses, comme étaient les valeurs des villageois au moyen-âge, plutôt que rechercher une explication hypothétique quand à l'origine des festivités?
Pour ma part j'ai envie de croire et je continue à rechercher les documents qui feront reculer l'ancienneté des premières traces manuscrites de la fête.
Je continue de croire que les "fondements" de la fête sont ancestraux!.
Des origines païennes à aujourd'hui, les Pailhasses ont démontrés qu'ils sont partie intègre d'une fête bien vivante qui a évolué et a été influencé par tous les événements qui ont jalonné l'histoire mouvementée de Cournonterral et de ses habitants.
Les habits qui ont évolués avec leurs époques, l'introduction des Blancs à la fin du XIXeme siècle, la mixture et la lie-de-vin, les bennes qui ont succédé aux comportes...
D'année en année les choses évoluent inéluctablement, rien ne sera plus jamais "comme avant".
Alors, pour les Pailhasses et les Blancs, faisons en sorte que la fête perdure et que les choses continuent à évoluer intelligemment.

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